Dimanche19
juin, c'était un entraînement un peu spécial.
C'était
le dernier entraînement de l'année, alors c'est vrai que ça
faisait tout bizarre.
ça
faisait tout bizarre aux enfants, c’est sûr, mais aussi aux
parents, il faut bien le dire.
Non
seulement parce que c'était le dernier entraînement de l'année,
ça, les parents s'en seraient, somme toute, assez bien accommodés.
La perspective des futures grasses matinées de tous les dimanches
d'été sans entraînement à 10 h n'aurait pas été pour leur
déplaire particulièrement, il faut l'avouer.
Non,
non, cette fois-ci c’était vraiment spécial.
D'habitude,
les parents viennent, ils s'installent sur les bancs, et regardent
les deux trois premières minutes d’entraînement avec une
implication forte, qui témoigne tant de leur amour infini pour leur
enfant, que de leur intérêt fort pour le hand ball, sport dans
lequel ils sont en passe de devenir, entraînement après
entraînement, de véritables experts.
En
effet, ils ne manquent pas d’échanger – tous les dimanches
matins - leurs avis plus ou moins inspirés sur ce sport magnifique,
sa pratique, ses vertus, la qualité du coach (numéro 4 sur la
photo) et les bienfaits du sport collectif…
Puis…
l’air de rien, les parents dévient peu à peu et passent à des
sujets plus larges, un peu moins techniques que la faute pour
« reprise de drible » (oui, je vous dis, ils deviennent
experts). Si bien que leur posture de supporter engagé devient
progressivement moins visible de l’extérieur. Ils ressembleraient
même plutôt, à des adultes tout normaux, en train de discuter
tranquillou comme à une terrasse de café. Il y d’ailleurs parfois
des séances de thé à la menthe préparé le matin même par une
maman marocaine, sorti tout chaud du thermos avec partage de cornes
de gazelles, pour les petites faims (voir les autres se dépenser, ça
creuse !).
Oui,
parfois les parents ressembleraient à des adultes tout normaux à la
terrasse d’un café. A ce détail près, c’est que, suite à un
accord tacite, comme dans une véritable équipe, l’un d’eux
regarde toujours d’un œil plus ou moins distrait l’action qui
bat son plein sur le terrain. Il est prêt à sursauter d’un coup
en criant « bravo », pour signaler à tous ses petits
camarades parents que c’est le moment d’interrompre leurs
refaisages de monde pour clamer leur enthousiasme avec fracas quand
une belle action a lieu ou qu’un but est marqué par leurs enfants.
Parfois,
- mais que cela reste entre nous -, il arrive que certains parents,
moins polyvalents que d’autres (des hommes, donc, surtout), ou
simplement plus bavards, applaudissent une action qu’ils n’ont
tout bonnement… pas vue, dans une forme de mimétisme de supporter
rétroactif. Mais le cœur y est !
D’habitude,
aussi, les parents savent s’interrompre dans leurs discussions pour
reprendre leur posture de supporter engagé et dégainer les
bouteilles d'eau pour les enfants au moment de la pause, ou pour
réconforter dans leurs bras un petit handballer blessé dans le feu
de l'action.
Mais
le dimanche 19 juin était définitivement un dimanche spécial.
C’était
un entrainement avec participation des parents !!! Abdel avait
prévenu solennellement à l’oral, et par SMS (on pouvait pas y
couper) :
« dimanche,
tous les parents en survêtement !! »
Alors
ce dimanche, les parents étaient en ébullition. Pas mal de pères
étaient en baskets, comme d’habitude, ils avaient enfilé en plus
le survêt’. Mais les mamans, elles, avaient fait un effort
particulier, pour se mettre au moins en baskets, même si le
survêtement – par suite d’une utilisation trop… fréquente -
demeurait introuvable dans les placards. Mais qu’importe, une fois
les chasubles jaune fluo enfilées, elles passaient, à s’y
méprendre, pour de vraies pros !
A
ce sujet, le prix de l’élégance sportive fut attribué à
l’unanimité à la maman de Julien (tout à droite sur les photos
suivantes), qui s’est présentée en souliers vernis et petit haut
à fleurs pour disputer LE match CSMF intergénérationnel de l’été
2011.
Ah,
ça, les parents ont été mis à contribution. Il y en a qui
volaient littéralement sur le terrain, des papas militaires ou
multisports, ceux qui ont le rebond instantané, et dont la balle
semble aimantée à leur main, ceux qui marquent le but à tout coup,
dans un geste d’« extension » qu’on croirait voir au
ralenti à la télé tellement il est bien exécuté, de ces papas de
compétition grâce auxquels on se dispute la meilleure place dans
les cours de récréation. (pas de photo à l’appui hélas,
impossibilité technique de les immortaliser, tant leurs mouvements
sont rapides).
Et
puis il y avait les papas éclopés, munis de leurs grigris et autres
chevillières anti blessures, et d’autres papas moins abîmés et
prêts à tout donner, mais un peu moins entraînés tout au long de
l’année : ce léger déficit d’entraînement était
repérable à leur perception de la durée très légèrement
modifiée. Ils demandaient ainsi au bout de 3 petites minutes 45’’
de jeu, rouges, soufflant et suant, si les dix minutes réglementaires
étaient écoulées…
Et
d’ailleurs en effet, l’expérience a montré qu’ils avaient
raison de s’inquiéter du timing… Le papa d’Abel, qui était
chargé du chrono, a pris son rôle très à cœur. Ainsi, quand le
chrono a sonné au bout de 10 minutes d’action et d’émotion hors
du commun, tout le monde était tellement pris aux tripes par la
qualité du jeu, que personne ne l’a entendu. Si bien que sur cette
partie de jeu, les joueurs, et joueuses, adultes, et enfants ! –
ont vaillamment joué 14’02’’ bien tassées.
En
fait, comme le papa d’Abel l’a très justement souligné auprès
du coach qui venait regarder le chrono d’un air interrogatif et
amusé, l’action était tellement à couper le souffle qu’il n’a
juste pas voulu interrompre de si beaux moments de sport.
Mais
somme toute, n’oublions pas de le dire en parlant exclusivement des
papas, les mamans se sont, elles aussi, très gaillardement
défendues, notamment la maman de Paul (en chasuble jaune, à gauche
sur la photo suivante), en position de gardien, face à une attaque
en pleine face, d’un adversaire plus combatif que jamais. Mais dans
un magnifique esprit d’équipe, n’écoutant que son courage,
l’élégante maman de Julien a immédiatement proposé à la maman
blessée, de la remplacer dans les cages, faisant fi du danger.
Tandis que la maman de Paul, loin de se laisser abattre par ce coup,
redoublait de détermination en remontant déjà le terrain pour
aller « mettre la misère » à l’équipe adverse !!
Oui,
très objectivement, on a vu de très belles actions, des feintes,
des détournements quasiment chorégraphiés, du jeu collectif très
bien mené, dans un esprit résolument sport. C’était du vrai, du
beau, du très beau hand ball qui s’est joué au gymnase Pierre
Rémond ce dimanche 19 juin. Les enfants eux-mêmes en ont convenu,
avant d’aller poser pour la photo finale dans les cages.
Mais
au fait, allez-vous me demander, et que faisaient les enfants, quand
ils ne jouaient pas, pendant ce temps ?
Hé
bien, vous ne me croirez pas : après avoir crié deux ou trois
fois « allez les parents ! », ils se sont mis, une
fois n’est pas coutume, à discuter sur les bancs.
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Signé :
une maman…